Pour tout l’art partout – Les Arts et la ville 2013

Le 22 mai dernier s’ouvrait le colloque Les Arts et la ville à Gatineau, dont le thème général était le rôle de la culture dans le développement durable des villes. Je me suis rendu à cet événement issu du monde municipal et lui étant avant tout destiné. Ceci en traduit la première importance : une très large part des investissements en culture provient du palier municipal, ce qui est le résultat d’une lente mouvance dans les philosophies nationales du financement public. Les conseils des arts ajustent à leur tour leurs politiques devant les nouvelles réalités ainsi créées, ce qui a des répercussions très concrètes chez les producteurs comme chez les diffuseurs.

Cette proximité du colloque avec le monde municipal représente paradoxalement une certaine limite. La relation qu’entretiennent les élus locaux à la culture est généralement d’un ordre précis. C’est notamment à travers son arrimage à la qualité de vie, au bien commun et au développement que la culture intéresse le monde municipal… quand ce n’est pas une vision exclusivement touristique voire économique. Une telle lecture, parfois abusivement cartésienne, attendant rapidement des résultats concrets, laisse de côté de nombreux pans plus diffus du rôle des arts. La fonction et la valeur de l’artiste et de son travail est aujourd’hui assez mal définie pour la population en générale. C’est là une urgente valorisation qui devrait être entreprise en profondeur, en commençant par les décideurs qui ont une telle influence sur les perceptions de la population. Ce vaste travail de sensibilisation, que l’on souhaiterait en amont de toute décision politique en culture, n’allait pas être mené de front à Gatineau, on peut le comprendre.

Néanmoins, il y avait amplement matière à cette rencontre de trois jours, de quoi éveiller les esprits les plus endormis au rôle crucial sinon central de la culture dans le développement durable. Le colloque réunissait des gens d’horizons variés; élus, fonctionnaires et travailleurs culturels, quelques artistes et partenaires ont pu assister à une dizaine de conférence, en plus d’échanger autour de copieux repas…

Au cours des jours à venir, je publierai ici-même une brève série de comptes rendus de cet événement somme toute porteur. Des spécialistes de renommée mondiale, issus de l’architecture, de l’urbanisme, du design, de la recherche en science sociale ou encore des gestionnaires d’événements québécois d’envergure internationale ont eu l’occasion de donner leur point de vue sur le rôle de la culture dans le développement des municipalités. Je tâcherai d’en relever pour vous les moments forts.

Page et programmation du colloque 2013

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Petits Bonheurs, gros succès!

Alors que se clôturait chez nous l’événement national Petits Bonheurs 2013, nous nous réjouissons du succès remporté par les deux pièces destinées à la petite enfance qui viennent d’être présentées sur le mont Jacob. L’indicateur le plus évident mais aussi le plus froid de ce succès est dans les chiffres de fréquentation. Presque toute les représentations ont en effet été jouées à pleine capacité, et même un peu plus dans le cas des deux matinées familiales de la fin de semaine.

On place les jeunes et c'est parti pour le voyage de Chübichaï!

On place les jeunes et c’est parti pour le voyage de Chübichaï!

Mais le vrai succès réside dans la qualité des deux créations ainsi que dans leur excellente réception par un public enjoué, souriant et, sans vouloir froisser personne, qui est sans conteste le plus cute de la saison.

Venue de Bretagne, la très sympathique compagnie Le Vent des forges a joué ici la 800ième représentation de son petit théâtre de terre, un conte intitulé Chübichaï. Les jeunes ont été fascinés par cette fable non édulcorée créée sous leurs yeux par les mains des comédiennes-façonneuses. Les personnages joliment interprétés animaient les scènes intercalées entre des chants aux influences variées passant du jazz aux chants de gorge. Comme j’avais eu l’occasion d’en parler lors de la visite d’Ha dede en 2012, l’entrée du public en salle ainsi que sa disposition dans les « gradins » est cruciale pour ce type de public. Les artisans du Vent des Forges ont su créer une bulle magique qui, ont peut le parier, marquera plusieurs des ces enfants pour longtemps.

Quant à la compagnie Le Carrousel, c’est littéralement avec un théâtre portatif qu’elle est venue présenter sa deuxième mouture, trente ans après la création, d’Une lune entre deux maisons. Le texte de la fondatrice Suzanne Lebeau, son interprétation toute en douceur et la scénographie qui comprend les gradins ont eux aussi créé un petit monde assez merveilleux, auquel le tout jeune public ne pouvait s’empêcher de participer en faisant parfois la trame sonore.

J’ai eu le beau rôle de donner une fleur à toutes les mamans à la sortie de la salle, à l’occasion de la fête des mères. J’étais donc aux premières loges pour enregistrer les sourires francs des petits et des grands, les commentaires élogieux qui ne mentent pas de la part des petits spectateurs.

Encore une fois cette année, Petits Bonheurs a été pour La Rubrique une expérience passionnante et des plus valorisantes. L’engouement pour le théâtre pour la petite enfance, déjà bien établi un peu partout mais que nous ne développons dans la région que pour la deuxième année, se vérifie sur notre territoire. Il laisse entrevoir de belles choses pour l’avenir.

Chübichaï à l'orée des bois saguenéens. Un lègue de nos nouveaux amis bretons du Vent des forges.

Chübichaï à l’orée des bois saguenéens. Un lègue de nos nouveaux amis bretons du Vent des forges.

Ces rencontres avec des spectateurs qui en sont presque toujours à leur premier contact avec le théâtre sont précieuses. Nous redoublons d’efforts afin de créer un contexte parfait de réception, adapté aux insécurités, aux imprévus, aux perceptions propres à ce groupe d’âge. Les opportunités créatives au niveau de la médiation culturelle sont énormes puisque leur forme reste encore largement à inventer. Avec ce public plus qu’avec aucun autre peut-être, nous pouvons observer la portée de notre travail. Et même s’il y a toujours place à l’amélioration, nous pouvons encore une fois cette année dire mission accomplie.

Le meilleur est à venir pour le théâtre pour la petite enfance au Saguenay!

La page officielle des Petits Bonheurs

La Compagnie Le Vent des forges

Le Carrousel, compagnie de création

D’Après moi

Hier soir, Les Éternels pigistes ont donné lieu à plusieurs beaux moments. Non seulement sur la scène, où ils ont livré une performance à la hauteur de leur notoriété. Mais aussi tout autour, dans la salle, dans les loges, dans les corridors du centre culturel, dans les rencontres qu’a suscité ce rendez-vous entre près de 400 personnes autour d’une soirée de théâtre. Le tout sous le prétexte d’un théâtre humain qui parle aux humains.

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Des gens qui, je crois, avaient été invités à La Liberté, qui n’avaient jamais fréquenté le théâtre auparavant, ont fait le premier pas, très décidé ce pas, vers Benoît. Pour lui dire à quel point ils avaient aimé la pièce, le traitement, le sujet, son jeu. Avec beaucoup d’insistance, très saine, très franche. Ces mêmes gens qui sont revenus hier et qui étaient tout à fait confortables en s’adressant aux Bégin, Vincent, Coquereau, Charlebois, Paquette (merveilleux Pier Paquette), parlaient d’égal à égal avec ceux qui jusque là étaient des images médiatiques. Figures du petit ou du grand écran. Dieu sait que ça en jette.

Mais non. Ce soir, pendant cette discussion, spectateurs et comédiens étaient d’égal à égal, concitoyens qui font leur part et reconnaissent l’apport de l’autre. Un peu ce dont parle Après moi finalement. Une dame s’est confiée, a parlé de son expérience de spectatrice de l’intérieur, de façon intime. Et ce faisant, elle nous a fait un bien fou, à nous et aux artistes. Il n’arrive pas si souvent qu’il soit si évident que nous faisons ce qu’il faut. Ce qu’il faut pour que les gens vivent des beaux moments, des émotions. Un peu d’air dans les sombres perspectives de bien des quotidiens.

En tout cas un plaisir partagé et spontané de la rencontre, de l’échange, tout ça grâce à l’oeuvre, aux gens qui la font, aux gens qui s’y ouvrent. Et un peu grâce aux gens qui la diffusent. Bon d’accord, beaucoup, si vous y tenez.

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Comme le jeu de Pier Paquette passe de la violence à la politesse quand son monsieur Gagnon réalise qu’il pète une coche à quelqu’un qui ne le mérite pas. Comme quand le personnage de Bégin, si maladroit, parfois si méprisant malgré lui, démontre pourtant qu’il aime tellement ses congénères. Il ne sait pas trop comment, c’est tout. Alors, c’est un peu nous que l’on voit…

Se voir au théâtre… Voilà ce qu’ont les comédiens, voilà ce qui fascine. Ils sont là à être nous pour nous aider à nous comprendre. Quand en plus ils nous aident, par leur parole et celle de leur dramaturge, à nous parler, alors c’est mission accomplie. Merci, bonsoir, à bientôt j’espère et au plaisir de vous revoir!

Le temps est une invention…

Nous recevions vendredi la dernière production du Théâtre de la Banquette arrière. Les Mutants était l’occasion pour l’équipe et pour les spectateurs de réfléchir sur le passage du temps, sur le sort réservé aux idéaux de jeunesse, sur le parcours de la société québécoise.

Dans le cadre de ce spectacle, La Banquette arrière invitait un conférencier différent à chaque représentation. Chez nous, c’est l’auteur et professeur émérite Jean-Pierre Vidal qui est venu parler aux comédiens et au public. Voici son allocution:

Le temps est une invention de l’industrie horlogère suisse. Je veux dire par là que seuls les humains le connaissent : les animaux ne savent que les saisons et la température, et dans l’univers en expansion que nous décrivent les astrophysiciens, le temps, c’est de l’espace.

L’homme est donc responsable du temps, il devrait savoir s’en occuper, ne pas le dissoudre ou l’éparpiller, ne pas le réduire ni l’accélérer, comme nous le faisons sans cesse, notamment avec la communication maladive des réseaux sociaux, des tweets et des cellulaires.

Le philosophe américain Henry David Thoreau qui, soit dit en passant, est le père de la désobéissance civile, disait : « On ne peut pas tuer le temps sans blesser l’éternité. »

En tuant le temps dans toutes sortes d’activités futiles auxquelles nous accordons une importance démesurée, nous blessons effectivement l’éternité, c’est-à-dire que nous pervertissons le rapport naturel que nous devrions avoir avec elle, justement parce que nous ne sommes pas éternels.

C’est précisément, en effet, parce qu’il est précaire, transitoire et que sa date de péremption est toujours très rapprochée, que l’être humain devrait tutoyer l’éternité. N’est-elle pas la couleur de nos rêves, de nos désirs, de nos extases même ?

Le sens de la vie, quand nous lui en trouvons un, n’est-il pas, toujours, le rapport que chacun d’entre nous entretient avec l’éternité ? La religion, l’art, la démocratie, la famille sont autant d’institutions qui ont rapport à l’éternité parce que toutes, elles se fondent sur une certaine idée du sacré et que toutes impliquent la communauté de l’espèce humaine. Au-delà des institutions qui les fixent, le sacré, l’art, l’amour, je ne vois pas grand chose d’autre pour dilater le temps et lui donner des airs d’éternité, surtout pas la réussite économique, car le propre de cette réussite-là, c’est de ne s’arrêter jamais, de n’être jamais satisfaite, de précipiter stupidement le rythme du temps. La seule véritable réussite, c’est la postérité : Darwin l’avait déjà dit, dans son domaine.

L’athée que je suis croit dur comme fer que la seule vie éternelle qui nous soit accessible, c’est en tant qu’espèce, en tant que groupe, en tant que collectivité. À partir de la relation particulière à l’autre que le sacré, l’art, l’amour sont seuls capables d’instituer.

Je remonterai plus loin dans l’histoire, jusqu’à ces Grecs qui, contrairement à nous, pensaient que l’humain est sans cesse perfectible, sans cesse en devenir, jamais achevé. Ils ont inventé le théâtre en même temps que la démocratie et les deux participaient de la même célébration rituelle de l’éternité de la communauté. Le sacré, pour eux qui s’étaient imaginés des dieux presque ridiculement humains pour mieux s’en débarrasser, le sacré, c’était, au fond, l’éternité des rapports humains, l’éternité de l’entre-nous.

Moi qui pratique la littérature, je sais qu’elle est le lieu de l’autre, elle aussi : on écrit toujours dans les œuvres de ceux qui vous ont précédé, on rencontre la voix et les rêves des morts qu’on admire au détour de chaque phrase qu’on écrit. Et on espère bien soi-même qu’un jeune écrivain encore à naître va un jour réactiver un de nos modestes petits travaux.

On n’est soi-même dans ce qu’on a de plus intime, de plus personnel, que par les autres, grâce aux autres, parfois contre eux, mais toujours en eux, dans l’espace qu’ils ouvrent et où ils nous accueillent.

René Lévesque  disait cela, en l’inversant, quand il déclarait: « c’est en étant soi-même que l’on est universel. » je dirais, quant à moi, c’est en se voulant universel, qu’on est soi-même.

Mais qu’est-ce qui a changé, maintenant, depuis votre naissance ou, mieux, votre adolescence ? Qu’est-ce qui a peu à peu rendu vaine l’éducation, impuissant l’enseignement.

Ce qui a changé, c’est qu’on nous a convaincus collectivement que plus rien, justement ne changerait jamais, sauf, bien entendu, les gadgets auxquels est rivée notre vie quotidienne et les pratiques en forme de drogue qu’ils permettent et même qu’ils imposent. C’est ainsi que les riches deviendront de plus en plus monstrueusement riches, les pauvres de plus en plus pauvres et la classe moyenne de plus en plus laminée entre les deux, condamnée à devenir pauvre si elle ne veut pas devenir riche.

Ce qui a changé, c’est une mutation profonde de l’espèce humaine dont on voit clairement l’émergence si on la replonge dans l’histoire longue. L’humanité, en effet, s’est d’abord organisée en fonction de lois qu’elle voulait penser divines, puis elle s’est peu à peu efforcée d’instituer des lois qui soient strictement humaines. Elle ne connaît plus désormais que les lois du marché, c’est-à-dire l’état des choses. L’économie fait foi de tout, c’est le mantra que nous répétons sans cesse et qui nous rend incultes.

La culture que vous représentez, tous ensemble dans cette salle de classe, ce n’est pas la somme, toujours dérisoire, de ce que je sais, c’est l’immensité de ce que je veux savoir. Tant que je veux savoir du nouveau qui n’est pas le détail sordide des tabloïds ou le croustillant de la télé populiste, tant que je veux apprendre et découvrir, je suis jeune. Si je ne veux rien savoir, si je ne veux plus rien savoir des autres et du monde, si je ne veux plus rien savoir du passé, si je crois que tout est dit, vécu, éprouvé; si je crois que le monde n’obéit qu’aux lois du marché et si je pense que ce sont des lois quasi divines qu’il faut respecter, je suis vieux, presque mort, quel que soit mon âge.

Au Québec, comme partout dans cet Occident assoupi dans son confort et ses spectacles délétères, nous étions devenus un peuple de vieux.

Mais à l’automne 2011 — comme dans quelques endroits de l’Occident — avec les indignés, et surtout au printemps 2012 — comme nul part ailleurs en Occident — avec les étudiants et ceux qui les ont suivis, nous avons pris un coup de jeune, nous avons repris des couleurs, rouge sang qui bat, rouge passion qui anime, rouge curiosité dévorante.

Avec ces jeunes de tous âges, nous nous sommes remis à croire que le destin de l’humanité n’est pas écrit une fois pour toutes. Que rien ne nous oblige à continuer à faire des steppettes sur place, comme des somnambules, entre corrompus et lucides, bonhommes sept heures et jovialistes, réactionnaires et béats New Age.

Dans le théâtre de la rue, les jeunes nous ont rendu l’éternité.

À nous, maintenant, d’en faire bon usage.

Jean-PierreVIDAL

Janvier 2013

Quatre vérités

Une liste non-exhaustive de vérités à l’usage des opposants et des artisans de la médiation culturelle.

1. La médiation, c’est payant.

D’abord dans le sens de « ça coûte quelque chose »… mais nous y reviendrons. La médiation c’est aussi payant politiquement. On a depuis une vingtaine d’année vu les décideurs s’amarrer à la démocratisation de l’art comme justification des budgets publics qui sont alloués à la culture. Pour que l’état le soutienne, l’art doit avoir une portée dans la communauté, rejoindre les couches défavorisées. Et dans les faits, c’est là que la médiation est la plus « payante »: lorsqu’elle réussi à améliorer le tissus social, lorsqu’elle participe à une société plus sensible, mieux informée, plus épanouie. Ces mots-là dans un discours sont payants en vote et en capital de sympathie. Donc payants en subventions, dont le rôle est de permettre concrètement la mise en oeuvre des politiques. La médiation prend du temps et du savoir faire. Ça se paie! Les artistes qui participent à la médiation en tant qu’experts, comme dans tous les domaines ça aussi ça se paie! Ce qui m’amène à la seconde vérité:

2. La médiation, c’est pas payant.

Généralement, pour fonctionner, la médiation doit se faire dans un contexte de confiance réciproque établie sur une certaine durée. Au fond c’est un empowerment, un processus de développement et d’acquisition de compétences qui doit survivre au projet et se prolonger au delà. La meilleure médiation se fait de personne à personne, en groupes limités. Ça veut dire du temps, des déplacements, du matériel. « Ça se paie! » Les enveloppes publiques relatives à la médiation n’augmentent pas à mesure que les exigences des subventionneurs et les demandes du public lui-même, elles, s’amplifient. Finalement, la médiation, il faut la voir comme un investissement. Mais un investissement qui ne rapporte pas d’argent, ce qui ne plait guère aux banquiers de ce monde. Bon d’accord, peut-être créerez-vous l’habitude accrue chez certaines personnes de vous visiter. Mais jamais assez pour combler ce qu’elle coûte aux organismes qui la pratiquent. Quant aux artistes, ils ont assez donné, sollicités par le passé pour des projets désavantageux pour eux, des projets engendrés par des salariés, alors qu’eux-mêmes sont outrageusement sous-financés. Mais:

3. La médiation valorise le travail des artistes

Ami artiste, comment te dépatouilles-tu pour être pertinent pour notre époque? Toi qui demandes plus d’effort que ces images données qui nous entourent, toi qui remues des émotions, qui porte un regard critique sur ceux qui te toisent et à qui tu parles? Dans le contexte d’une société qui a le rationnel, l’utile et le rentable comme lignes de conduite, la culture a bien besoin qu’on la rappelle à la mémoire de ceux à qui elle est en principe destinée. C’est à dire, qu’on rappelle aux citoyens qui l’auraient oublié dans la boucherie d’images, d’absences, de tout cru tout digéré qu’on nous sert partout entre deux publicités, ce que l’art peut apporter.  Que répondez-vous aux gueulards qui vous insultent et vous méprisent de leurs tribunes? Si la population était avec vous, si elle reconnaissait la valeur de ce que vous faites, vous n’auriez pas à répondre, ou à produire de savants calculs pour prouver votre rentabilité détournée. Les gueulards chercheraient d’autres cibles par le fait même. Et si la population était ainsi, la médiation n’aurait plus sa raison d’être. Or:

4. La médiation répond à des besoins

La société actuelle telle que décrite plus haut ne produit pas moins d’artistes pertinents ou de spectateurs « sensibles et intelligents » qu’avant. Mais on peut penser qu’il ait existé des meilleurs contextes de réceptivité; qu’il soit soumis à des clients cléricaux, à fusionner son expressivité esthétique avec la culture matérielle de son peuple ou qu’il veuille briser des structures mentales ou morales oppressantes, l’artiste a par le passé crié dans des déserts moins déserts que le nôtre, et trouvé plus d’écho dans le cirque humain. La finalité de la médiation culturelle est justement de remettre l’art au coeur de la société, de lui redonner une valeur entendue pour la population qui l’engendre, l’aider à jouer pour elle un rôle important. Les médiateurs y travaillent sur la base d’une foi en la valeur de l’art. S’il en était autrement, s’ils travaillaient à rendre l’opération payante, ils rateront leur objectif, puisque c’est affaire de confiance. Et non de bonne conscience. C’est vrai! Vraiment, la médiation, vous et moi en avons besoin.