La Culture à l’agenda

Ce billet est le deuxième d’une courte série de comptes rendus de la visite de La Rubrique au colloque Les Arts et la ville 2013, tenu fin mai à Gatineau. Pour lire la première partie, c’est ici

21 pour vingt-et-unième siècle

Vous avez peut-être entendu parler de l’Agenda 21. En fait, il n’en existe pas un seul mais plusieurs. Le concept est développé dans la foulée du sommet de Rio en 1992, en prévision du vingt-et-unième siècle et des défis auxquels fait face la planète et sa population à notre époque. Les Agendas 21 sont en quelque sorte le fer de lance du développement durable. Ils regroupent énormément d’actions et de recommandations pour de nombreux domaines. Chaque pays, voire chaque région ou chaque ville, peut se doter d’un tel outil adapté à sa réalité.

Il existait au départ trois grandes lignes du développement durable, les fameux « piliers », qu’étaient originalement l’économie, le social et l’écologie. Le développement harmonieux et conjoint de ces trois facettes était considéré durable. Cependant, selon l’avis de plusieurs, un pilier essentiel  du développement fut laissé pour compte : la culture.

C pour culture

Presque dix ans après le sommet de Rio, l’UNESCO adopte en 2001 la Déclaration universelle sur la diversité culturelle. Ce moment semble représenter la prise de conscience que la culture ne peut être ignorée dans le développement durable des collectivités. Ceci aura pour résultat l’apparition des premiers Agendas 21C en 2004:  C pour culture. Il faut comprendre que cet aboutissement est le fruit d’une série de sommets mondiaux soutenus par l’ONU et l’UNESCO.

De l'action dans les rues de Lille © Mairie de Lille

De l’action dans les rues de Lille © Mairie de Lille

D’une donnée apparemment accessoire à l’origine, la culture est appelée à devenir l’élément central du développement durable. Elle représente le dénominateur commun des trois piliers originaux. En tout cas, plusieurs organisations et intervenants militent en ce sens. Mais, nous le savons, il n’est pas facile pour les décideurs, dans un monde des plus cartésiens, d’accorder une telle importance à la culture. La partie n’est pas gagnée, alors que les oreilles attentives ne sont pas légion. Sans compter que ces déclarations et résolutions successives sur la culture, tout en étant importantes et significatives, sont toujours menacées de demeurer des vœux pieux. Elles sont à la merci de la vision des décideurs (ou de son absence), dépendent de la qualité et de l’assiduité des porteurs de flambeaux.

L’Agenda 21C représentait un point de départ, une base commune aux participants du Colloque Les Arts et la ville à Gatineau. En ouverture, madame Catherine Cullen, présidente de la commission culture du regroupement international Cités et gouvernements unis et adjointe au maire de Lille, est venue parler de l’importance de se munir d’un outil tel que l’Agenda et de le promouvoir activement. Mais ce que l’assemblée aura surtout retenu de son excellente présentation, nonobstant les idées géniales mises en action à Lille depuis sa désignation comme capitale culturelle européenne, c’est l’importance de la volonté politique. Sans volonté politique, sans élus visionnaires et capables de faire confiance aux idées au premier abord parfois farfelues des créateurs, sans ressources publiques humaines ou financières, il est très difficile voire impossible de faire de la culture un élément central du développement durable. Impossible d’apporter des changements majeurs à l’écosystème d’une ville, difficile de maintenir en vie et de rendre effectifs un milieu culturel, une population créative à tous les points de vue : artistique bien sûr, mais aussi économique, social, écologique…

C pour confiance

Si elle fût la première à soulever l’aspect crucial de cette adhésion politique à la culture, madame Cullen est loin d’être la seule. À l’instar de plusieurs participants, monsieur Jacques Saint-Gelais Tremblay, directeur du magnifique Musée d’art contemporain de Baie-St-Paul et de son incontournable symposium, en a bellement parlé lui aussi. Il a évoqué comment, lorsqu’il se présenta à l’âge de 17 ans à son maire de l’époque, la confiance de ce dernier avait été décisive pour l’implantation d’importantes activités culturelles dans la localité. D’autres ont souligné l’importance de l’indépendance des directions artistiques et des créateurs vis-à-vis des élus et des bailleurs de fonds. La reconnaissance des « spécialistes » culturels est essentielle à la vitalité et à la pertinence des gestes posés en culture.

Encore là, c’est une affaire de confiance. Faire confiance à la créativité, qui, par définition, sort des moules, des voies tracées, et bouscule parfois les habitudes. Des habitudes qui bien souvent auront mené à la morosité d’un cadre de vie, voire même à des flous identitaires qui sont la sources d’un immobilisme potentiellement fatal. On voit où nous ont mené les modèles existants. Il faut ramener la créativité au cœur du développement durable!

Site de l’Agenda 21C québécois

Cahier spécial de la Revue Mouvement de juin 2012, au sujet de la culture et du développement durable.

Pour tout l’art partout – Les Arts et la ville 2013

Le 22 mai dernier s’ouvrait le colloque Les Arts et la ville à Gatineau, dont le thème général était le rôle de la culture dans le développement durable des villes. Je me suis rendu à cet événement issu du monde municipal et lui étant avant tout destiné. Ceci en traduit la première importance : une très large part des investissements en culture provient du palier municipal, ce qui est le résultat d’une lente mouvance dans les philosophies nationales du financement public. Les conseils des arts ajustent à leur tour leurs politiques devant les nouvelles réalités ainsi créées, ce qui a des répercussions très concrètes chez les producteurs comme chez les diffuseurs.

Cette proximité du colloque avec le monde municipal représente paradoxalement une certaine limite. La relation qu’entretiennent les élus locaux à la culture est généralement d’un ordre précis. C’est notamment à travers son arrimage à la qualité de vie, au bien commun et au développement que la culture intéresse le monde municipal… quand ce n’est pas une vision exclusivement touristique voire économique. Une telle lecture, parfois abusivement cartésienne, attendant rapidement des résultats concrets, laisse de côté de nombreux pans plus diffus du rôle des arts. La fonction et la valeur de l’artiste et de son travail est aujourd’hui assez mal définie pour la population en générale. C’est là une urgente valorisation qui devrait être entreprise en profondeur, en commençant par les décideurs qui ont une telle influence sur les perceptions de la population. Ce vaste travail de sensibilisation, que l’on souhaiterait en amont de toute décision politique en culture, n’allait pas être mené de front à Gatineau, on peut le comprendre.

Néanmoins, il y avait amplement matière à cette rencontre de trois jours, de quoi éveiller les esprits les plus endormis au rôle crucial sinon central de la culture dans le développement durable. Le colloque réunissait des gens d’horizons variés; élus, fonctionnaires et travailleurs culturels, quelques artistes et partenaires ont pu assister à une dizaine de conférence, en plus d’échanger autour de copieux repas…

Au cours des jours à venir, je publierai ici-même une brève série de comptes rendus de cet événement somme toute porteur. Des spécialistes de renommée mondiale, issus de l’architecture, de l’urbanisme, du design, de la recherche en science sociale ou encore des gestionnaires d’événements québécois d’envergure internationale ont eu l’occasion de donner leur point de vue sur le rôle de la culture dans le développement des municipalités. Je tâcherai d’en relever pour vous les moments forts.

Page et programmation du colloque 2013

Petits Bonheurs, gros succès!

Alors que se clôturait chez nous l’événement national Petits Bonheurs 2013, nous nous réjouissons du succès remporté par les deux pièces destinées à la petite enfance qui viennent d’être présentées sur le mont Jacob. L’indicateur le plus évident mais aussi le plus froid de ce succès est dans les chiffres de fréquentation. Presque toute les représentations ont en effet été jouées à pleine capacité, et même un peu plus dans le cas des deux matinées familiales de la fin de semaine.

On place les jeunes et c'est parti pour le voyage de Chübichaï!

On place les jeunes et c’est parti pour le voyage de Chübichaï!

Mais le vrai succès réside dans la qualité des deux créations ainsi que dans leur excellente réception par un public enjoué, souriant et, sans vouloir froisser personne, qui est sans conteste le plus cute de la saison.

Venue de Bretagne, la très sympathique compagnie Le Vent des forges a joué ici la 800ième représentation de son petit théâtre de terre, un conte intitulé Chübichaï. Les jeunes ont été fascinés par cette fable non édulcorée créée sous leurs yeux par les mains des comédiennes-façonneuses. Les personnages joliment interprétés animaient les scènes intercalées entre des chants aux influences variées passant du jazz aux chants de gorge. Comme j’avais eu l’occasion d’en parler lors de la visite d’Ha dede en 2012, l’entrée du public en salle ainsi que sa disposition dans les « gradins » est cruciale pour ce type de public. Les artisans du Vent des Forges ont su créer une bulle magique qui, ont peut le parier, marquera plusieurs des ces enfants pour longtemps.

Quant à la compagnie Le Carrousel, c’est littéralement avec un théâtre portatif qu’elle est venue présenter sa deuxième mouture, trente ans après la création, d’Une lune entre deux maisons. Le texte de la fondatrice Suzanne Lebeau, son interprétation toute en douceur et la scénographie qui comprend les gradins ont eux aussi créé un petit monde assez merveilleux, auquel le tout jeune public ne pouvait s’empêcher de participer en faisant parfois la trame sonore.

J’ai eu le beau rôle de donner une fleur à toutes les mamans à la sortie de la salle, à l’occasion de la fête des mères. J’étais donc aux premières loges pour enregistrer les sourires francs des petits et des grands, les commentaires élogieux qui ne mentent pas de la part des petits spectateurs.

Encore une fois cette année, Petits Bonheurs a été pour La Rubrique une expérience passionnante et des plus valorisantes. L’engouement pour le théâtre pour la petite enfance, déjà bien établi un peu partout mais que nous ne développons dans la région que pour la deuxième année, se vérifie sur notre territoire. Il laisse entrevoir de belles choses pour l’avenir.

Chübichaï à l'orée des bois saguenéens. Un lègue de nos nouveaux amis bretons du Vent des forges.

Chübichaï à l’orée des bois saguenéens. Un lègue de nos nouveaux amis bretons du Vent des forges.

Ces rencontres avec des spectateurs qui en sont presque toujours à leur premier contact avec le théâtre sont précieuses. Nous redoublons d’efforts afin de créer un contexte parfait de réception, adapté aux insécurités, aux imprévus, aux perceptions propres à ce groupe d’âge. Les opportunités créatives au niveau de la médiation culturelle sont énormes puisque leur forme reste encore largement à inventer. Avec ce public plus qu’avec aucun autre peut-être, nous pouvons observer la portée de notre travail. Et même s’il y a toujours place à l’amélioration, nous pouvons encore une fois cette année dire mission accomplie.

Le meilleur est à venir pour le théâtre pour la petite enfance au Saguenay!

La page officielle des Petits Bonheurs

La Compagnie Le Vent des forges

Le Carrousel, compagnie de création

Quatre vérités

Une liste non-exhaustive de vérités à l’usage des opposants et des artisans de la médiation culturelle.

1. La médiation, c’est payant.

D’abord dans le sens de « ça coûte quelque chose »… mais nous y reviendrons. La médiation c’est aussi payant politiquement. On a depuis une vingtaine d’année vu les décideurs s’amarrer à la démocratisation de l’art comme justification des budgets publics qui sont alloués à la culture. Pour que l’état le soutienne, l’art doit avoir une portée dans la communauté, rejoindre les couches défavorisées. Et dans les faits, c’est là que la médiation est la plus « payante »: lorsqu’elle réussi à améliorer le tissus social, lorsqu’elle participe à une société plus sensible, mieux informée, plus épanouie. Ces mots-là dans un discours sont payants en vote et en capital de sympathie. Donc payants en subventions, dont le rôle est de permettre concrètement la mise en oeuvre des politiques. La médiation prend du temps et du savoir faire. Ça se paie! Les artistes qui participent à la médiation en tant qu’experts, comme dans tous les domaines ça aussi ça se paie! Ce qui m’amène à la seconde vérité:

2. La médiation, c’est pas payant.

Généralement, pour fonctionner, la médiation doit se faire dans un contexte de confiance réciproque établie sur une certaine durée. Au fond c’est un empowerment, un processus de développement et d’acquisition de compétences qui doit survivre au projet et se prolonger au delà. La meilleure médiation se fait de personne à personne, en groupes limités. Ça veut dire du temps, des déplacements, du matériel. « Ça se paie! » Les enveloppes publiques relatives à la médiation n’augmentent pas à mesure que les exigences des subventionneurs et les demandes du public lui-même, elles, s’amplifient. Finalement, la médiation, il faut la voir comme un investissement. Mais un investissement qui ne rapporte pas d’argent, ce qui ne plait guère aux banquiers de ce monde. Bon d’accord, peut-être créerez-vous l’habitude accrue chez certaines personnes de vous visiter. Mais jamais assez pour combler ce qu’elle coûte aux organismes qui la pratiquent. Quant aux artistes, ils ont assez donné, sollicités par le passé pour des projets désavantageux pour eux, des projets engendrés par des salariés, alors qu’eux-mêmes sont outrageusement sous-financés. Mais:

3. La médiation valorise le travail des artistes

Ami artiste, comment te dépatouilles-tu pour être pertinent pour notre époque? Toi qui demandes plus d’effort que ces images données qui nous entourent, toi qui remues des émotions, qui porte un regard critique sur ceux qui te toisent et à qui tu parles? Dans le contexte d’une société qui a le rationnel, l’utile et le rentable comme lignes de conduite, la culture a bien besoin qu’on la rappelle à la mémoire de ceux à qui elle est en principe destinée. C’est à dire, qu’on rappelle aux citoyens qui l’auraient oublié dans la boucherie d’images, d’absences, de tout cru tout digéré qu’on nous sert partout entre deux publicités, ce que l’art peut apporter.  Que répondez-vous aux gueulards qui vous insultent et vous méprisent de leurs tribunes? Si la population était avec vous, si elle reconnaissait la valeur de ce que vous faites, vous n’auriez pas à répondre, ou à produire de savants calculs pour prouver votre rentabilité détournée. Les gueulards chercheraient d’autres cibles par le fait même. Et si la population était ainsi, la médiation n’aurait plus sa raison d’être. Or:

4. La médiation répond à des besoins

La société actuelle telle que décrite plus haut ne produit pas moins d’artistes pertinents ou de spectateurs « sensibles et intelligents » qu’avant. Mais on peut penser qu’il ait existé des meilleurs contextes de réceptivité; qu’il soit soumis à des clients cléricaux, à fusionner son expressivité esthétique avec la culture matérielle de son peuple ou qu’il veuille briser des structures mentales ou morales oppressantes, l’artiste a par le passé crié dans des déserts moins déserts que le nôtre, et trouvé plus d’écho dans le cirque humain. La finalité de la médiation culturelle est justement de remettre l’art au coeur de la société, de lui redonner une valeur entendue pour la population qui l’engendre, l’aider à jouer pour elle un rôle important. Les médiateurs y travaillent sur la base d’une foi en la valeur de l’art. S’il en était autrement, s’ils travaillaient à rendre l’opération payante, ils rateront leur objectif, puisque c’est affaire de confiance. Et non de bonne conscience. C’est vrai! Vraiment, la médiation, vous et moi en avons besoin.

Un samedi matin à La Rubrique

Fantastiques marionnettes à  3 pattes

Deuxième journée de représentations scolaires hier pour Sur 3 pattes, avant la représentation publique de cet après-midi. Il y a quelque chose de… magique autour de ce spectacle. Ou peut-être suis-je simplement fatigué et que tout m’apparaît comme en rêve. Mais non. Le spectacle lui-même, que j’ai enfin vu en direct hier après-midi, est rempli de trouvailles, manipulé de main(s) de maîtres. Quelque chose d’une scénographie de Méliès, ce qui saute aux yeux quand on voit l’arrière du décor. Machineries rusées, marionnettes magnifiques, effets mécaniques, tous d’une grand efficacité. Mais je ne peux rien vous montrer, pour ne pas gâcher la magie, et pour leur laisser ces secrets qui résultent de plus de trente ans de pratique assidue. L’équipe est là, généreuse, très zen. Ils remportent la palme du dîner le plus santé, suivis de près par les gars du Grand Cahier. À moins que la semaine prochaine nos deux compagnies jeunesse en visite ne viennent les coiffer à l’arrivée. Et pendant qu’on y est, m’est avis que la troupe Racine Gumboot qui nous visitera aussi en juin (scoop) sont des challengers.

La réception des professeurs et des jeunes est également très positive. Les petits qui sortaient en personnifiant l’écureuil C’tamoa, c’était drôlement charmant. L’une des écoles qui nous visitaient aujourd’hui passait la journée avec nous. Nous

Merci!

Merci!

leur avons préparé un petit programme avec Urbain de l’équipe d’animation du CNE, que nous remercions pour sa collaboration impeccable et sans heurts, comme d’habitude. J’ai quant à moi eu droit aux remerciements de la part de ce groupe de première et deuxième année sous la forme d’une chanson d’anniversaire, d’une gigantesque carte de souhait signée de tous, même à une boîte de fudge. J’ai fondu plus que ce dernier.

Serait-ce l’appel de la paternité pour le mi-trentenaire que je suis? Ou plutôt, simplement, l’impression de faire ce qu’il fallait pour que ces enfants touchent à la culture dans les meilleures conditions possibles? Notre médiatrice Isabelle a fait un travail formidable assistée d’Agathe, elle aussi médiatrice en devenir, qui a bien voulu nous donner un coup de main. Bref, voici une journée qui recharge les batteries, tout en les mettant à plat à court terme!

Fin de partie pour Le Voir

Depuis jeudi, la nouvelle de la fermeture brutale du Voir s’est évidemment propagée, a été commentée davantage, entre autre par les principaux intéressés, et ce au delà des réseaux sociaux. Dans sa dernière chronique, qu’il a au moins pu publier sur son blogue hébergé par l’hebdo, Joël défend en quelque sorte l’attitude du Voir dans cette affaire. Il le fait entre autre devant les critiques qui ont fusé et dont nous semblons, ici à La Rubrique, avoir fourni les plus virulentes.

Loin de moi l’intention de monter l’affaire en épingle. Mais puisque Joël, transparent, nous donne les raisons qu’ils ont eu d’agir de la sorte:

« On m’a expliqué qu’à notre époque actuelle, où les médias sociaux peuvent mettre en circulation la moindre nouvelle en si peu de temps, il a donc été jugé préférable de laisser une faible marge de temps entre le moment où les employés apprendraient la triste information et celui où un communiqué serait adressé au grand public.

Ici, on a voulu bien faire mais on a tellement emmitouflé le bébé qu’on l’a mortellement étouffé »

Puisqu’il mets ces raisons sur le compte de la maladresse, je voudrais pour ma part ajouter un point. Parce que je trouve cette explication un peu facile, alors que les faits restent les mêmes. L’indignation que nous avons témoigné jeudi à La Rubrique, c’est la même que nous avons contre les fermetures d’usines, de moulins, de théâtres. Les acteurs n’ont aucune commune mesure d’accord, et si Le Voir ferme, c’est parce qu’il n’a pas le choix dans ce contexte. Nous le concédons volontiers.

Mais en tant qu’annonceur d’une douzaine de publicités au Voir chaque saison, et ce depuis des années, nous aurions, comme Joël, aimé être prévenus, alors que nous publiions la semaine prochaine. Un petit courriel. Un retour d’appel. Un avis quelconque. Quitte à ce que la nouvelle coule un peu trop tôt dans les rumeurs de Facebook ou de Twitter. Ce qui est nettement moins grave que la réalité de cette fermeture. C’est ce silence couplé à un manque de respect que nous voulions dénoncer, au passage. Mais il ne s’agit pas de partir en guerre, ni de transformer qui que ce soit en capitaliste sauvage. Peut-être en effet, simplement, que c’est comme ça que les choses se font aujourd’hui, partout, jusque « chez-nous », en culture.

Il faut le dire. Nous aimions le Voir, nous le lisions, il nous a bien traité depuis toutes ces années, nous a rendu de fières chandelles, pour nos productions, nos publicités, nos diffusions. Je crois avoir assez décrit il y a quelques jours ce en quoi il nous manquera. Là-dessus nous sommes parfaitement d’accord. Le Voir Saguenay-Alma a été une aventure aussi belle qu’utopique.