Ego-blog

Grosses ondes de choc sur le web depuis quelques jours. Quoi? Vous ne saviez pas? Bon, d’accord, une énième onde qui ne choque personne, c’est plus précis. Personne ne se choque en effet, si ce n’est de ces petites colères que nous connaissons tous devant notre écran en lisant des propos jugés débiles, en visionnant des vidéos virales parfaitement insipides. Avoir une vie, plutôt qu’un ego presqu’exclusivement investi dans le web, nous garde d’en faire une maladie. Il y a devant soi des dossiers concrets sur la table, des projets qui ont des conséquences réelles et positives. Alors ces débats, bah….

Allers-retours

Ondes en cascade, quelque chose comme une chute pour l’infâme vlogueur Mathieu Bonin ou pour son nouvel « éditeur », la plate-forme Voir. Bonin qui ne supporte pas d’être cité en exemple de nuisance communicationnelle dans un billet de Marielle Couture. Bonin qui, ouïs-je, répond par des insultes en éludant complètement le propos réel de Couture. Aveuglé encore, sans doute par son ego, Bonin commettant son tout premier vlog pour Voir sans se rendre compte qu’il est en train de faire ce qu’il prétend dénoncer, et déploie en 10 minutes une quantité terriblement petite d’idées. Parallèlement, Marc Cassivi y va d’une critique virulente, pas la première, à l’encontre d’un média culturel écartelé entre sa mission et sa survie, et se fait répondre que son journal n’est pas mieux. Ça me rappelle une partie de ballon-chasseur, mais ce sera pour une autre fois.

Dans le cas Bonin comme dans le cas Cassivi, on commente beaucoup tout autour, comme je suis en train de le faire. C’est le propre du web d’ailleurs. Mais les réponses ou les commentaires énoncés semblent le plus souvent éluder le propos original. Ce qui intéresse surtout, ce sont les messagers. Leurs précédents, leur statut, leur degré de coolitude, leur taux de « j’aime » et de retweets, ou combien d’autres facteurs encore qui détournent le débat des questions concrètes, ayant une incidence sur la vie des citoyens. Non pas que ce soit la seule fonction du web, mais pourquoi l’ignorer? Ainsi le médium web qui devrait donner une belle place aux débats d’idées, être aussi un espace de mobilisation citoyenne, tourne le plus souvent court, laissant le lecteur sur sa faim devant des chicanes de cour d’école : « Celui qui le dit c’est lui qui l’est. » « Tes lecteurs sont plus cons que les miens ». Etc.

Blogueurs-Teflon

Au-delà des luttes d’ego, qui étouffent les débats sous le couvert de prises de position (irréfléchies), tout ça laisse l’impression que bien peu de blogueurs et de commentateurs pensent par eux-mêmes, autrement qu’à travers des facteurs bien établis, généralement éloignés de la vraie question. De celle qui demande réflexion, documentation et positionnement, comme la pollution médiatique par exemple. Il ne faut pas beaucoup de Morais ou de Bonin dans un petit pays pour pourrir sérieusement un climat social et désinformer une population. Ces messieurs seront ravis que je leur donne autant d’importance. Si seulement ils savaient ce qu’ils font. Oui j’aimerais qu’ils comprennent que les médias, que le journalisme, que la communication sont importants et ont des incidences, parfois graves, parfois salvatrice. De ça, ce n’est pas le communicateur qui en décide, mais son média, ses lecteurs et sa situation socio-politique.

En culture comme en journalisme, les amateurs qui souhaitent jouir des mêmes possibilités, des mêmes tribunes, des mêmes moyens que les professionnels doivent s’attendre à répondre aux mêmes contraintes, aux mêmes comptes à rendre, à la même rigueur attendue de leurs travaux. Les tribuns qui ont une portée réelle parlent aux gens plutôt que d’eux-mêmes, ils adaptent soigneusement leur façon d’énoncer aux propos ou aux effets voulus, réfléchissent à ce qu’ils veulent transmettre, aux conséquences de leurs actions. N’en déplaise à certains grands esprits, ce n’est pas une affaire de bon goût et de bonnes manières. C’est une question de responsabilité. J’adore des artistes qui ont fait des choses terribles aux yeux des bonnes mœurs. Mais ces choses ont un sens pour leurs semblables.

Plusieurs auront complètement ignoré ces ondes de choc, comme ils l’auront fait avec bien d’autres futilités qui mobilisent l’esprit des Bonin de ce monde. Tout le temps que consacrent ces gens à des histoires ou a des personnages sans conséquence, ils ne le passent pas sur la multitude de choses à faire pour améliorer leur communauté, ni à exercer leur esprit sur des problématiques plus complexes. Il faut croire que nous sommes quelques uns à travailler à la mesure de nos moyens à l’avancement concret de la société… plutôt qu’au énième phénomène viral qui permettra aux petits coqs de s’ébattre au lieu de débattre.

Je reviendrai demain avec une conclusion à la série sur Les Arts et la ville.