Quatre vérités

Une liste non-exhaustive de vérités à l’usage des opposants et des artisans de la médiation culturelle.

1. La médiation, c’est payant.

D’abord dans le sens de « ça coûte quelque chose »… mais nous y reviendrons. La médiation c’est aussi payant politiquement. On a depuis une vingtaine d’année vu les décideurs s’amarrer à la démocratisation de l’art comme justification des budgets publics qui sont alloués à la culture. Pour que l’état le soutienne, l’art doit avoir une portée dans la communauté, rejoindre les couches défavorisées. Et dans les faits, c’est là que la médiation est la plus « payante »: lorsqu’elle réussi à améliorer le tissus social, lorsqu’elle participe à une société plus sensible, mieux informée, plus épanouie. Ces mots-là dans un discours sont payants en vote et en capital de sympathie. Donc payants en subventions, dont le rôle est de permettre concrètement la mise en oeuvre des politiques. La médiation prend du temps et du savoir faire. Ça se paie! Les artistes qui participent à la médiation en tant qu’experts, comme dans tous les domaines ça aussi ça se paie! Ce qui m’amène à la seconde vérité:

2. La médiation, c’est pas payant.

Généralement, pour fonctionner, la médiation doit se faire dans un contexte de confiance réciproque établie sur une certaine durée. Au fond c’est un empowerment, un processus de développement et d’acquisition de compétences qui doit survivre au projet et se prolonger au delà. La meilleure médiation se fait de personne à personne, en groupes limités. Ça veut dire du temps, des déplacements, du matériel. « Ça se paie! » Les enveloppes publiques relatives à la médiation n’augmentent pas à mesure que les exigences des subventionneurs et les demandes du public lui-même, elles, s’amplifient. Finalement, la médiation, il faut la voir comme un investissement. Mais un investissement qui ne rapporte pas d’argent, ce qui ne plait guère aux banquiers de ce monde. Bon d’accord, peut-être créerez-vous l’habitude accrue chez certaines personnes de vous visiter. Mais jamais assez pour combler ce qu’elle coûte aux organismes qui la pratiquent. Quant aux artistes, ils ont assez donné, sollicités par le passé pour des projets désavantageux pour eux, des projets engendrés par des salariés, alors qu’eux-mêmes sont outrageusement sous-financés. Mais:

3. La médiation valorise le travail des artistes

Ami artiste, comment te dépatouilles-tu pour être pertinent pour notre époque? Toi qui demandes plus d’effort que ces images données qui nous entourent, toi qui remues des émotions, qui porte un regard critique sur ceux qui te toisent et à qui tu parles? Dans le contexte d’une société qui a le rationnel, l’utile et le rentable comme lignes de conduite, la culture a bien besoin qu’on la rappelle à la mémoire de ceux à qui elle est en principe destinée. C’est à dire, qu’on rappelle aux citoyens qui l’auraient oublié dans la boucherie d’images, d’absences, de tout cru tout digéré qu’on nous sert partout entre deux publicités, ce que l’art peut apporter.  Que répondez-vous aux gueulards qui vous insultent et vous méprisent de leurs tribunes? Si la population était avec vous, si elle reconnaissait la valeur de ce que vous faites, vous n’auriez pas à répondre, ou à produire de savants calculs pour prouver votre rentabilité détournée. Les gueulards chercheraient d’autres cibles par le fait même. Et si la population était ainsi, la médiation n’aurait plus sa raison d’être. Or:

4. La médiation répond à des besoins

La société actuelle telle que décrite plus haut ne produit pas moins d’artistes pertinents ou de spectateurs « sensibles et intelligents » qu’avant. Mais on peut penser qu’il ait existé des meilleurs contextes de réceptivité; qu’il soit soumis à des clients cléricaux, à fusionner son expressivité esthétique avec la culture matérielle de son peuple ou qu’il veuille briser des structures mentales ou morales oppressantes, l’artiste a par le passé crié dans des déserts moins déserts que le nôtre, et trouvé plus d’écho dans le cirque humain. La finalité de la médiation culturelle est justement de remettre l’art au coeur de la société, de lui redonner une valeur entendue pour la population qui l’engendre, l’aider à jouer pour elle un rôle important. Les médiateurs y travaillent sur la base d’une foi en la valeur de l’art. S’il en était autrement, s’ils travaillaient à rendre l’opération payante, ils rateront leur objectif, puisque c’est affaire de confiance. Et non de bonne conscience. C’est vrai! Vraiment, la médiation, vous et moi en avons besoin.

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