Journée mondiale du théâtre – le message québécois

Comme chaque année, dans le cadre des célébrations liées à la Journée Mondiale du théâtre, une personnalité du théâtre québécois, à l’initiative du Conseil Québécois du Théâtre, est invité à écrire un texte, partageant ses réflexions sur le théâtre. Cette année, c’est Olivier Kemeid qui a été mandaté pour le faire.

Je vous invitons à en prendre connaissance de ce texte magnifique, engagé, porteur. Lisez-le à haute voix, qu’il résonne. Il le mérite.

Nouvelles lueurs à l’horizon

Notre territoire, c’est la nuit.

Notre source, le rêve.

Notre sanctuaire, sous les croix blanches ou dans la fosse commune de l’Histoire : l’aspiration à un monde meilleur. La machine à inconscient travaille sans relâche, ne nous laisse jamais en paix – seul l’oubli permet la paix.

Au milieu du sommeil, les images glissent sur la surface de nos désirs; les sons retentissent, échos de nos angoisses. Un théâtre se forme et prend possession de notre corps au complet; tout en nous s’agite car la nuit, pas une dimension de notre humanité qui ne soit interpellée : nul ennui au théâtre des heures noires, pas de superflu ou de mauvaises intentions, et encore moins d’arrivistes, pas de mises en marché ou de contrats associatifs, aucun conseil d’administration, mais une seule activité, indispensable pour la survie de notre espèce. Oui, la nuit nous rêvons tous, nous l’oublions souvent; la nuit nous sommes tous des artistes de théâtre : nous donnons des voix aux morts, nous offrons des répliques aux vivants, nous nous mettons en scène, nous couvrons nos créatures nocturnes d’étoffes diverses, nous éclairons leurs visages sombres, et pour quoi faire, si ce n’est pour survivre, c’est‐a‐dire tenter de donner un sens à ce qui n’en a pas et l’ôter à ce qui en a trop?

Pourtant, chaque jour, on persévère à nous dire le contraire. On veut faire de nous des êtres du jour, au goût du jour, se mouvant sous l’astre solaire plutôt que sous les rayons de la Lune, des êtres raisonnés qui, consciemment, posent des actes posés. Avant même qu’une odeur ou un son ne se manifestent dans notre tête, les grilles d’analyse s’abattent comme autant de guillotines de l’esprit, avec son lot de questions dites incontournables : combien, quand, dans quel lieu, à qui exactement s’adresse-t-on, est-ce légal, ferai-je de la peine à maman. Nous posons-nous ces questions la nuit, même au milieu du pire des cauchemars? Non : des êtres apparaissent et peuplent notre tête, au‐delà de toute considération pratique. Or je dis que toute question qui ne supporterait pas l’épreuve du feu de la nuit n’a pas sa raison d’être.

À la poubelle du temps, les briseurs de rêve! Ces agents paralysants sont légion, on les retrouve dans toutes les strates de la société, mais pire, parfois en nous… Qui ne s’est pas déjà censuré au nom d’un pragmatisme de bon aloi? Comment faire dans ce cas pour changer la donne, si on ne peut même pas lever le pied? Englué dans le quotidien visqueux des jours qui se suivent et se ressemblent, l’artiste de théâtre – et tous ses contemporains – est appelé par les instances officielles à composer avant toute chose avec les données du réel, et merde à la nuit, à l’irréel, à l’inattendu. À l’inespéré.

Pendant ce temps, ailleurs, des hommes et des femmes s’enflamment, refusant les diktats du quotidien. Hier la Tunisie, aujourd’hui l’Égypte, demain la Libye, bientôt qui sait. Tant que des hommes soufflent sur les braises de l’insoumission, le feu de la liberté sera maintenu. Ce qui s’avérait impossible, impensable jadis devient nouvelle réalité : le rêve de la nuit prend forme dans les ruelles gorgées de soleil. Le rêve d’un fou se met à être palpable. Les révolutions naissent dans la nuit pour apporter de nouvelles lueurs à l’horizon. Alors une seule réponse possible chez nous : au lit, les artistes! Au pieu, les intellectuels! Couchez-vous, citoyens! Posez vos crayons, arrêtez de piailler sur les ondes, taisez-vous ne serait-ce que deux minutes! Et allez vous rendormir, vous qui vous croyez éveillés, le monde a besoin de vos songes pour luire à nouveau! La mort, vous la laisserez aux activistes de la course effrénée aux profits, ceux qui préfèrent se soumettre au rouleau compresseur du quotidien, de la normalité, de la primauté économique – ils ne le savent pas encore, mais cette mort, ils l’appellent de tous leurs voeux. Et, pour l’amour de l’art et de la vie, ne dévions plus jamais de nos origines : hors du rêve, les sources finissent toujours par se tarir.

Olivier Kemeid
Signataire du Message québécois

(source: Conseil Québécois du Théâtre)

Bonne fête, théâtre!

Bien sûr, le milieu théâtral saguenéen est confronté à différents obstacles – ils sont nombreux, qu’on parle de financement, de stagnation de l’auditoire (ou de développement des publics, c’est selon), de partage des ressources matérielles, etc. Malgré tout ça, le théâtre au Saguenay est vivant, plus que jamais, peut-être, se déploie pour nous offrir des créations riches et diversifiées.

En cette Journée Mondiale du théâtre, La Rubrique tient à saluer les efforts des artistes et artisans qui contribuent à la vitalité des arts de la scène dans la région. Lire la suite

Un forum pour le théâtre

D’abord, il y a eu cette idée lancée par l’homme de théâtre Dario Larouche sur son blogue, un appel à l’organisation d’états généraux sur le théâtre au Saguenay – Lac-Saint-Jean. Devant le scepticisme de certains artisans du milieu, l’idée s’est depuis affinée. En effet, il est nécessaire que le milieu se parle, travaille de concert, marche dans la même direction, et surtout, qu’il puisse parler d’une voix forte. Mais des états généraux? Lire la suite

Au théâtre, les yeux fermés

Le 9 février dernier, nous avons eu de la belle visite à La Rubrique. Pour la troisième année, en effet, nous avons accueilli des membres de l’Association des Personnes Handicapées Visuelles de la région 02 qui ont pu profiter d’une représentation spéciale de Les Sens, agrémentée d’un service d’audiodescription.

Nous venons de recevoir de la part de l’organisme un bel hommage que je tiens à transmettre aux comédiens, aux auteurs, ainsi qu’à tous les membres de l’équipe… Lire la suite

Une affiche qui détonne

Bientôt, aux quatre coins de Saguenay, vous verrez apparaître cette affiche annonçant le spectacle Le bruit des os qui craquent.

 

On peut y voir une sculpture créée par Amisi Mungo Serge, qui fut enfant soldat entre 12 et 17 ans. L’auteure de la pièce, Suzanne Lebeau, a travaillé auprès de lui en 2006 alors qu’elle séjournait à Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Le jeune artiste aurait dit à propos de ses sculptures que «Les soldats n’ont pas de tête parce que, quand on est à la guerre, on ne pense pas…»