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C’est franchement drôle. Et beau aussi, parce qu’on ne lésine pas sur la performance des interprètes. Et c’est rendu possible grâce au programme des Entrées en scène Loto-Québec. Et c’est présenté dans une collaboration entre La Rubrique et Objectif Danse.

Et on a hâte que ça arrive. Il y a un beau X rouge dans l’agenda. Ce sera un vendredi pas comme les autres, le 11 mars prochain.

 


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L’étreinte des comédiens

Ça aura passé vite.

Le soleil a repris de l’altitude, déjà. Au matin, quand j’arrive au bureau, il se trouve un coin dans l’angle des bâtiments pour venir m’aveugler, au travers des branches. Juste là. En haut de l’écran.

Je n’ai pas vu le temps filer. Il est parti avec le gros de l’hiver dans les poches. Il fait frette, encore. Mais quand février tire sur la couverte, on a bien le droit d’échapper un soupir de soulagement

Il faut dire qu’on m’a tenu occupé. Il y a eu notre production… Les Sens, ça a tiré du jus. Près de mille spectateurs à recevoir. Et tout le tralala. On a beau dire qu’on comprend, c’est encore plus que ça. Il y a tellement à faire que jamais personne n’aura le temps de faire la liste de tout ce qu’il y a à faire.

Et il y a eu ce festival étudiant des 2 jours à vivre au théâtre organisé avec la Polyvalente de Jonquière… Tous ces jeunes qui se sentent petits sur une scène trop grande, et qui peu à peu prennent la place, conquièrent les contrées du trac et des attentes. Leur volonté à tout rompre. Si le monde était porté par un désir adolescent, bordel que ce serait intense.

Ça aura passé vite. Quelques mois à peine et j’ai déjà des souvenirs impérissables. L’étreinte des comédiens au moment de prendre la scène. Des parcelles de la même énergie dans le corps indompté des adolescents, juste avant leur spectacle. La voix grave, les gestes amples, la parole intarissable  de Marcel Sabourin.

J’ai vécu tout cela avec intensité… Le théâtre s’étale bien au-delà de la scène.

D’abord vient la lumière

C’est l’éclairage qui se sculpte d’abord. Dans la pénombre de la salle Pierrette-Gaudreault, on entend les techniciens se lancer des chiffres, dans un langage connu d’eux seuls. Des structures informes s’établissent, tandis que la lumière est projetée sur demande en direction des objets et des événements qui ne sont pas encore là. Le théâtre existe avant même d’exister.

C’est un véritable chantier sur la scène. En fait, c’est Petit Rocher qui prépare son grand voyage. Demain, des dizaines et des dizaines de sympathiques petits monstres viendront le rejoindre pour le suivre dans son aventure. Et quelques grands aussi, qui ont trouvé le tour de se faufiler là. Ah, ces journalistes!

L’avis des critiques

C’est drôle. Drôle pour moi de voir enfin le travail des critiques de l’extérieur. C’est d’autant plus drôle que je n’avais jamais pris le temps d’analyser leur façon de faire quand j’étais moi-même chroniqueur au Voir.

C’est drôle, surtout: drôle de voir comment les critiques ne s’entendent pas à propos de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas. En font foi les frictions virtuelles qui provoquent des flammèches entre le nouveau rédacteur en chef de Voir Saguenay/Alma,  Joël Martel, qui a une façon très personnelle de comprendre ce que signifie le sens critique (#fail, mais je l’aime pareil) et celui de son journaliste, Dario Larouche (Les clapotis d’un yoyo), qui argumente depuis des années pour faire comprendre au monde que la critique n’est pas une question d’amour mais plutôt d’analyse des signes du théâtre – jeu, scénographie, musique, éclairages, etc.

Mais au-delà de cette mésentente locale sur le sens du « sens critique », d’autres critiques se sont intéressés à Les Sens, et en disent des choses diamétralement opposées.

D’un côté, on lit de Philippe Couture (Le Devoir) que Jean-Rock Gaudrault « fait se «toucher» deux personnages opposés, dans un renversement dramatique irréprochable« , que Michel-Marc Bouchard « s’attaque à l’odorat en remuant quelques ingrédients gagnants » et que « le clou de la soirée vient sans surprise de la plume de Larry Tremblay », à propos de qui il précise que le thème des sens « sied parfaitement (…), [qu’il] sait mieux que quiconque déconstruire le corps, ses organes comme ses prolongements sensoriels, affectifs ou identitaires. Avec, en prime, une petite dose d’érotisme…. »

De l’autre côté, on entend Christian Saint-Pierre (Voir Télé) pointer comme des moments forts le tableau de Pierre-Michel Tremblay (« C’est assez bien vu, assez rigolo en plus… ») et la pièce de Daniel Danis « tout à fait dans le style de Danis, la langue, aussi… »

Au même moment, dans sa chronique, Joël Martel ne rejetait du spectacle que le sixième tableau (celui de Danis, justement…), avouant avoir aimé les cinq autres « j’ai adoré de a à y » – donc ceux de Michel Marc Bouchard, Sylvie Bouchard, Pierre-Michel Tremblay, Jean-Rock Gaudreault et Larry Tremblay…

Et dans la même publication, Dario Larouche disait des tableaux du toucher (Jean-Rock Gaudreault), de l’ouïe (Larry Tremblay) et du goût (Pierre-Michel Tremblay) qu’ils « atteignaient facilement la cible ».

Je ne ferai pas le survol du travail de tous les critiques qui se sont penchés sur Les Sens, mais ce que j’essaie de montrer, c’est seulement que quand on parle de critique, l’intérêt de chaque individu prime plus souvent qu’autrement sur le vrai « sens critique », malheureusement.

« Tous les goûts sont dans la nature. Sont-ils tous dans la culture? La réponse est probablement oui, et parfois, ça fait peur. » (Touché! Il s’agit du mot composé par Pierre-Michel Tremblay pour notre programme, qui montre encore une fois qu’il a une maîtrise particulièrement savoureuse du mot d’esprit…)

Ce que ça dit, surtout, c’est le génie de Benoît Lagrandeur qui a su créer un spectacle qui, littéralement, en offre pour tous les goûts. Tout le monde est touché, mais pas au même moment. Chacun en a plein la vue, à un moment ou un autre. Parmi les six courtes pièces présentées, malgré la distance qui semble irrémédiablement les séparer, peu importe les préférences ou l’expérience qu’on a du théâtre, chacun trouve son compte dans Les Sens. Même les critiques.

Lagrandeur voulait rendre hommage à ces auteurs venus d’ici, montrer la diversité et la richesse de leurs voix… Cette diversité, cette richesse, ça nous pète dans le front quand on assiste au spectacle. Il a réussi.