Le deuxième enchaînement

Ils faisaient les cent pas.

C’était l’excitation. Le coeur qui palpite, frémit, convulse. Le corps qui ne veut pas se laisser dompter. C’était le stress, évidemment. Le stress. Avec des mouvements trop amples pour être naturels, trop saccadés.

Alors ça se concentrait. Ça s’étirait. Ça riait. Ça dansait. Ça répétait, pêle-mêle et sans attendre de réplique, et sans intonation, juste pour délier la mâchoire, certaines des phrases écrites par l’un ou l’autre de nos six auteurs. Le jeu de mot est facile, mais vraiment, ça partait dans tous Les Sens. C’était l’extraordinaire énergie, l’effervescence du juste-avant-que-ça-commence.

Il faut dire que, question stress, la soirée devait être plutôt chargée pour nos comédiens. Devant eux, les yeux rivés sur eux, sans doute pleins d’attentes, patientaient plusieurs collaborateurs du spectacle, le président du C.A. de la Rubrique, et deux de nos présidents d’honneur.

En plus, il s’agissait du deuxième enchaînement seulement… Et la lumière brute… Et l’absence de décors, d’environnement sonore… Avec en frais de salle, quelques chaises, et une longue table qui donnait l’impression que tout ce monde-là était rassemblé pour une audition. Faut dire, je ne devais pas aider. Fidèle à moi-même, j’avais entre les mains un calepin improvisé où je griffonnais quelques notes à l’occasion. On m’aurait mis un cigare dans la gueule, ça d’épais de gel dans les cheveux, et de grosses lunettes carrées qu’on aurait pu reproduire l’audition de Flashdance

Oui, je sais. Le p’tit nouveau avec cigare, gel et lunettes carrées, ça fait saigner l’imagination.

Bref. C’est comme ça que tout à commencé. L’effervescence de l’avant, puis, tout à coup, l’étrange apaisement. Dès que Patrice Leblanc a pris la parole – c’est lui qui brisera la glace de toutes les représentations avec un monologue écrit par Michel Marc Bouchard – l’atmosphère a complètement changé.

Et ça s’est produit. Les textes ont pris corps. Et comme chaque fois, j’ai été flabergasté par cette transformation. Il n’y a souvent plus grand chose à voir entre le texte qui se trouvait sur le papier et celui qui se voit déclamé. C’est ce passage, cette transformation, qui m’allume tellement… Qui me donne le goût!

Évidemment, entre vouloir écrire et avoir quelque chose à dire, il subsiste trop souvent une espace insécable irréductible que trop tentent de remplir à tout prix et de n’importe quoi. Personnellement, j’attends de trouver un trait d’union.

Nos présidents d’honneur qui nous ont fait l’honneur de leur présence hier avaient pu lire le texte correspondant au sens auquel ils ont été associés avant de passer nous voir. Ils ont donc pu, eux aussi, prendre conscience de ce phénomène. Ils semblaient emballés par le projet, déjà. Ils ont aussi goûté à l’ambiance du milieu théâtral, côtoyant les comédiens et les concepteurs pour cette étape cruciale. Du texte qui advient.

C’est sûr qu’avec les six auteurs que nous avons conviés pour ce projet, on pouvait difficilement se tromper. Mais laissez-moi vous dire… Même très imparfait…

C’est déjà drôle. Déjà frappant. Déjà fort.

Je goûte l’excitation en attendant de pouvoir vous montrer tout ça.

Pedro Almodovar dans Les Sens?

Petite primeur pour les abonnés et lecteurs du blogue de la Rubrique… Le texte fourni par Larry Tremblay, l’un de nos six auteurs, s’inspire de l’esthétique d’Almodovar – il s’intitule d’ailleurs Le Dernier Almodovar.

Je vous en parle parce que je me dis qu’il serait fou de ne pas en profiter pour se mettre dans le bain, grâce à l’opportunité offerte par Tou.TV de visionner en ligne Tout sur ma mère (1999)… On est-y pas chanceux! Mais attention, c’est pour 7 jours seulement, top chrono!

Synopsis (source: tou.tv)

Manuela, infirmière, vit seule avec son fils Esteban, passionné de littérature. Pour l’anniversaire de Manuela, Esteban l’invite au théâtre où ils vont voir Un tramway nommé désir. À la sortie, Manuela raconte à son fils qu’elle a interprété cette pièce face à son père dans le rôle de Kowalsky. C’est la première fois qu’Esteban entend parler de son père, mais il est aussitôt renversé par une voiture. Folle de douleur, Manuela part à la recherche de l’homme qu’elle a aimé.


Une femme nue à la Rubrique

Une femme nue à la Rubrique / photo:JFCaron

Oui, c’est bien moi que vous avez vu passer en ville avec une jeune femme chauve et nue à mes côtés.

C’est que, voyez-vous, hier en sortant du boulot, j’avais rendez-vous avec elle. Même si je ne la connaissais pas, je savais bien que je la reconnaîtrais – ce n’est pas tous les jours qu’un homme peut se vanter de rencontrer un mannequin, même si c’est pour le travail. Alors j’étais un peu excité à l’idée de la retrouver. Je ne me doutais pas qu’elle serait si vite à s’exhiber aussi crûment. Il est vrai que les mannequins sont généralement à l’aise avec leur corps.

Donc, ce matin, je l’amène au boulot. Elle est nue et impassible dans l’auto. J’aime les femmes plus souriantes – quiconque connaît mon amoureuse le sait. Sitôt arrivée, elle s’est plantée près de mon bureau et fait la pose, fait la belle, fait l’intéressante pendant que je travaille. Je ne supportais pas de la voir ainsi, alors je l’ai intimée de s’habiller, vous comprendrez. Voilà qu’elle continue de tenir la pose, jambe longue, mains étirées, regard perdu, mais dorénavant, elle porte une veste. Ainsi qu’un chapeau. Pas le mien: c’est celui de l’animateur de Radio-Canada, Philippe Belley, qui l’avait oublié ici la dernière fois qu’il a assisté à l’un de nos spectacles. Il pourra se vanter, lorsqu’il en reprendra possession, qu’un mannequin l’aura porté quelques jours cet hiver.

Maintenant, qu’est-ce que je vais faire avec elle…? Le Yable le sait, le Bonyeu s’en doute. Mais moi, je suis encore pas mal dans la brume. Son corps statique, son esprit isolé, sa vie autistique. Sa presque chair, incapable d’être dans le monde pour vrai. Son existence insensée. Sans nos sens, nous serions tous comme elle, impassibles et distants, toujours à mille lieues du moindre contact. Vous le devinez, tout ça a un rapport à notre production de l’hiver, Les Sens

Je vais écouter ce qu’elle a à me dire. Puisqu’elle est incapable de m’entendre.

 

La double vie de Lyna Dallaire

Ce matin, ici et sur la page L’équipe de la Rubrique, je lève le voile sur la double vie de Lyna Dallaire, adjointe à la direction des opérations et sourire en chef de la Rubrique. Watch out, ça décoiffe!

Lyna Dallaire, adjointe à la direction des opérations pour le théâtre La Rubrique

Lyna Dallaire | adjointe à la direction des opérations et sourire en chef de la Rubrique

Lyna est votre premier bonjour à la Rubrique. C’est le sourire radieux qui vous accueille quand vous entrez au bureau, ou celui qu’elle réussit à vous glisser à l’oreille quand vous appelez pour réserver vos billets ou pour avoir des informations sur nos spectacles.

Vous avez trouvé qu’elle avait le timbre de voix quelque peu lyrique la dernière fois que vous avez appelé? Ah-ha! C’est que vous êtes perspicace… Entre vous et moi – c’est le secret le plus mal gardé de la Rubrique, sans doute – Lyna mène une double vie…

Non, elle ne porte pas le collant de Super Woman en sortant en trombe d’une cabine téléphonique (tiens, ça existe encore, des cabines téléphoniques??). C’est plutôt que lorsque vient le soir – et la fin de semaine – Lyna prend les planches pour satisfaire un public qui, le plus souvent, est déjà conquis.

Dans sa deuxième vie, donc (mais peut-être est-ce la première?), Lyna est une chanteuse… Quand elle nous revient, elle nous raconte ensuite avec verve des anecdotes tordantes à propos de son expérience. Une femme à entendre avant, pendant et après ses shows!

Remarquez, si elle n’est pas cette plantureuse héroïne de bande-dessinée que vous voyez sur la photo, Lyna, c’est tout de même une super femme. Une femme à tout faire, le coeur sur la main et le sourire aux lèvres.

Le sourire en chef  de la Rubrique… Ce n’est pas rien!